Calcul de l'indemnité de rupture conventionnelle dans les conventions collectives 66 et UIC (chemins de fer)
Vous venez d’entendre parler d’une rupture conventionnelle, et le premier chiffre qui compte, c’est l’indemnité. En droit social, ce montant n’est pas libre. Il a un plancher. Ce plancher change dès que la convention collective prévoit mieux que la loi. C’est exactement le cas dans la convention collective 66 (établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées, IDCC 413) et dans la branche ferroviaire, souvent lue avec les classements UIC des chemins de fer.
Le droit du travail fixe la méthode. La convention relève le montant. Un avocat en droit social sert surtout à comparer les deux calculs avant la signature, pas après. Signer trop vite, c’est souvent accepter un plancher qu’on n’a pas vérifié.
Ce que la loi impose avant toute convention
L’indemnité spécifique de rupture conventionnelle est négociée. Elle ne peut pas descendre sous l’indemnité légale de licenciement, ni sous l’indemnité conventionnelle si celle-ci est plus haute. Le plus élevé des deux s’impose. Service Public le rappelle pour toute rupture homologuée.
Le barème légal, article R. 1234-2 du Code du travail, tient en deux taux.
- Jusqu’à 10 ans d’ancienneté, 1/4 de mois de salaire par année.
- À partir de la 11e année, 1/3 de mois de salaire par année en plus.
Les deux tranches s’ajoutent. Elles ne se remplacent pas. Douze ans, ce n’est pas douze fois un tiers. C’est dix fois un quart, plus deux fois un tiers.
Aucune ancienneté minimale n’est exigée pour l’indemnité de rupture conventionnelle, à la différence de l’indemnité de licenciement (huit mois). Même une présence courte ouvre un droit, au prorata.
Le détail de la formule légale, du salaire de référence et des cas particuliers (temps partiel, absences assimilées) est repris dans le guide comment calculer les indemnités de rupture conventionnelle.
Le salaire de référence, là où le calcul se joue
On retient la formule la plus favorable au salarié, article R. 1234-4.
- La moyenne mensuelle des 12 derniers mois de salaire brut.
- Le tiers des 3 derniers mois, en ne retenant les primes annuelles qu’au prorata.
Une prime de 3 600 € versée dans les trois derniers mois n’entre dans cette seconde moyenne qu’à hauteur de 900 €. On compare. On garde le plus haut.
Entrent dans la base le salaire brut, les primes habituelles, les avantages en nature. Une indemnité de sujétion régulière, fréquente en convention 66, se discute. Si elle a un caractère de rémunération, elle a sa place. Un remboursement de frais, non.
L’ancienneté se compte jusqu’au dernier jour
On part de la date d’entrée. On s’arrête à la date de fin de contrat prévue dans la convention de rupture, pas à la date de signature. Les mois complets au-delà des années pleines comptent au prorata. Sept ans et huit mois valent 7 + 8/12, soit 7,67 ans.
Congés payés, congé maternité, arrêt pour accident du travail ou maladie professionnelle sont en principe assimilés. Un arrêt maladie ordinaire se regarde de plus près, selon le texte applicable. Un accident du travail déclaré en retard peut aussi brouiller les dates utiles au dossier.

Convention collective 66, le calcul qui double souvent le légal
La convention 66 du 15 mars 1966 (brochure 3116, IDCC 413) vise les établissements et services pour personnes handicapées ou inadaptées. IME, ESAT, foyers, services éducatifs. Le personnel n’est pas un bloc. L’annexe compte.
L’article 23, pour les non-cadres, retient 1/2 mois de salaire par année d’ancienneté à partir de 2 ans, avec un plafond de 6 mois de salaire. LégiSocial reprend cette formule, avec une base égale à la moyenne des 3 derniers mois. L’annexe 6, pour les cadres (chefs de service, directeurs adjoints, directeurs), retient en pratique 1 mois de salaire par année, avec un plafond de 12 mois.
Ce n’est pas un détail de paie. C’est le cœur du chiffrage.
Non-cadres, éducateurs, soignants, administratifs
Pour un non-cadre à 2 200 € de salaire de référence et 8 ans d’ancienneté.
- Convention 66 : 1/2 × 2 200 × 8 = 8 800 €.
- Légal : 1/4 × 2 200 × 8 = 4 400 €.
- Montant plancher : 8 800 €.
Le conventionnel vaut ici le double. Le plafond de 6 mois (13 200 € sur cette base) n’est pas encore atteint. Il l’est à 12 ans exactement, puisque 1/2 × 12 = 6 mois.
Au-delà, la convention ne monte plus. Le légal, lui, continue, avec le tiers de mois après 10 ans. Vers 20 ans et demi, sur une base de 2 200 €, les deux courbes se croisent. Après, c’est le légal qui reprend la main. Oublier cette bascule, c’est sous-payer un salarié très ancien, ou signer un chiffre trop bas.
Cadres de la convention 66
Un cadre à 3 500 € et 10 ans.
- Annexe 6 : 1 × 3 500 × 10 = 35 000 €, sous le plafond de 12 mois (42 000 €).
- Légal : 1/4 × 3 500 × 10 = 8 750 €.
- Plancher : 35 000 €.
Quatre fois le légal. La négociation ne part pas de 8 750 €. Elle part de 35 000 €, puis elle discute le supralégal.
Quelle base de salaire en convention 66
La convention vise souvent la moyenne des 3 derniers mois. Le Code du travail, pour le légal, compare 12 mois et 3 mois. On fait les deux calculs complets. On ne mélange pas une base avec l’autre formule. Le salarié a droit au résultat le plus haut.
L’indemnité de sujétion spéciale de 9,21 % (avenant n° 354) entre dans la discussion de l’assiette dès qu’elle est versée de façon habituelle. La sortir du salaire de référence allège l’indemnité sans texte clair pour le justifier.
UIC et chemins de fer, le barème de la branche ferroviaire
Dans les chemins de fer, il faut d’abord dire de quel contrat on parle. Les agents au statut (SNCF historique) relèvent d’un régime propre. La rupture conventionnelle du Code du travail vise le CDI de droit privé.
Ces CDI sont couverts, pour une grande partie des entreprises ferroviaires ouvertes à la concurrence, par la convention collective nationale de la branche ferroviaire du 31 mai 2016 (IDCC 3217). Les niveaux d’emploi y sont souvent rapprochés des classements UIC. L’indemnité, elle, est à l’article 23, texte étendu, disponible sur Légifrance.
À compter d’1 an d’ancienneté continue chez le même employeur, hors faute grave ou lourde, le barème est le suivant. Le taux s’applique à toutes les années, depuis la première.
- De 1 à 9 ans : 1/3 de mois de salaire par année.
- De 10 à 19 ans : 2/5 de mois par année.
- À partir de 20 ans : 1/2 mois par année.
Le salaire se détermine conformément au Code du travail. On reprend donc la comparaison 12 mois / 3 mois.
Un exemple ferroviaire, à 2 800 €
Huit ans d’ancienneté.
- Branche ferroviaire : 1/3 × 2 800 × 8 = 7 467 €.
- Légal : 1/4 × 2 800 × 8 = 5 600 €.
- Plancher : 7 467 €.
Douze ans.
- Ferroviaire : 2/5 × 2 800 × 12 = 13 440 €.
- Légal : (2 800 × 1/4 × 10) + (2 800 × 1/3 × 2) = 7 000 + 1 867 = 8 867 €.
- Plancher : 13 440 €.
Vingt-deux ans.
- Ferroviaire : 1/2 × 2 800 × 22 = 30 800 €.
- Légal : (2 800 × 1/4 × 10) + (2 800 × 1/3 × 12) = 7 000 + 11 200 = 18 200 €.
- Plancher : 30 800 €.
Le gain conventionnel est net, et il grossit avec l’ancienneté, parce que le taux ferroviaire s’applique dès la première année. Ce n’est pas une majoration seulement sur les années hautes.
Les primes de nuit, dimanche et jours fériés, fréquentes sur les roulements, se regardent une par une. Une indemnité qui rémunère le travail effectué entre dans la moyenne. Un défraiement, non. Le bulletin des 12 derniers mois reste la pièce maîtresse, au même titre que pour un salaire versé en trop qu’il faudrait corriger avant de figer la base.
Tableau comparatif, base 2 500 € brut
Les montants ci-dessous sont des planchers, arrondis à l’euro. Ils supposent un salaire de référence identique dans chaque formule. En pratique, la base convention 66 (3 mois) et la base légale (la plus favorable des deux) peuvent diverger.
| Ancienneté | Légal | Convention 66 non-cadre | Convention 66 cadre | Branche ferroviaire (UIC) |
| 5 ans | 3 125 € | 6 250 € | 12 500 € | 4 167 € |
| 8 ans | 5 000 € | 10 000 € | 20 000 € | 6 667 € |
| 12 ans | 7 917 € | 15 000 € (plafond 6 mois) | 30 000 € | 12 000 € |
| 20 ans | 14 583 € | 15 000 € (plafond) | 30 000 € (plafond 12 mois) | 25 000 € |
| 25 ans | 18 750 € | 18 750 € (le légal dépasse le plafond) | 30 000 € (plafond) | 31 250 € |
Lecture simple. En convention 66 non-cadre, le texte est très favorable au milieu de carrière, puis le plafond de 6 mois freine. En cadre 66, le mois par année reste devant le légal longtemps, jusqu’au plafond de 12 mois. En branche ferroviaire, le barème dépasse le légal à chaque ligne de ce tableau.
Ces chiffres ne comprennent ni le solde de tout compte, ni l’indemnité compensatrice de congés payés, ni une éventuelle indemnité de préavis non exécutée. Ce sont d’autres lignes. Les additionner à l’indemnité spécifique fausse la négociation.
Ce qui change le net en 2026
Le brut négocié n’est pas le net touché. Trois couches s’appliquent.
Cotisations sociales. La part correspondant à l’indemnité légale ou conventionnelle est exonérée. Au-delà, l’exonération est limitée au plus élevé entre la moitié de l’indemnité et le double de la rémunération brute annuelle précédente, le tout dans la limite de 2 PASS. En 2026, le plafond annuel de la Sécurité sociale est de 48 060 € (plafond mensuel 4 005 €, source Ameli et Urssaf). Deux PASS valent 96 120 €. Au-delà de 10 PASS, soit 480 600 €, l’indemnité est soumise aux cotisations en entier.
Impôt sur le revenu. Même logique, avec un plafond d’exonération de 6 PASS, soit 288 360 €, si le salarié ne peut pas liquider une pension de retraite à la date de rupture. S’il le peut, l’indemnité est imposable dès le premier euro.
Contribution patronale. Depuis le 1er janvier 2026, l’employeur verse 40 % sur la fraction exonérée de cotisations, au lieu de 30 % jusqu’au 31 décembre 2025. C’est la date de fin de contrat qui compte, pas la date de signature. Sur 30 000 € exonérés, la contribution passe de 9 000 € à 12 000 €. Ce surcoût pèse dans la négociation, côté employeur comme côté salarié.
La CSG et la CRDS ne suivent pas exactement les mêmes limites. Elles s’arrêtent, en règle, au montant légal ou conventionnel, dans la limite de la part déjà exonérée de cotisations. Un chiffrage sérieux sépare ces trois lignes. Le guide des erreurs à éviter lors d’une rupture conventionnelle revient sur ce point, et sur le délai de rétractation.
Chômage, délais et pièces qui bloquent l'homologation
La rupture conventionnelle ouvre en principe l’allocation chômage, à la différence d’une démission, si les conditions d’affiliation sont remplies. Depuis le 1er septembre 2026, la durée maximale baisse pour les contrats rompus à compter de cette date (loi n° 2026-470 du 11 juin 2026, Code du travail numérique). En métropole, elle passe à 15 mois avant 55 ans (18 mois avant), à 20,5 mois de 55 à 56 ans, et à 20,5 mois à partir de 57 ans (27 mois avant). Outre-mer hors Mayotte, les durées restent plus longues. Une rupture antérieure au 1er septembre 2026 garde les anciennes durées.
Le calendrier de la procédure ne se négocie pas.
- Un ou plusieurs entretiens, avec possibilité d’assistance.
- Signature de la convention.
- 15 jours calendaires pour se rétracter.
- Instruction par l’administration (DREETS), puis homologation.
- Rupture au plus tôt le lendemain de l’homologation.
Un salarié protégé passe par l’inspection du travail. Une salariée enceinte, un salarié en arrêt, un mandat en cours, ce sont des dossiers à part. Les confondre avec une rupture ordinaire est une erreur classique, au même titre qu’une mauvaise lecture de la lettre de licenciement quand projet bascule vers un autre mode de rupture.
Le contentieux se porte devant le conseil de prud’hommes, en général dans les 12 mois de l’homologation. Un vice du consentement (pression, harcèlement, alternative fictive avec un licenciement) peut faire annuler la convention. L’indemnité déjà versée ne ferme pas le débat.
Sept contrôles avant de signer
- Identifier la bonne convention. Bulletin de paie, code IDCC, annexe 66 ou CCN ferroviaire. Un mauvais IDCC change tout le tableau.
- Calculer le légal et le conventionnel, chacun avec sa base, puis garder le plus haut.
- Intégrer les mois incomplets. 11 mois, ce n’est pas zéro.
- Lister primes, sujétion, nuit, dimanche, 13e mois. Les sortir sans motif allège le plancher.
- Vérifier le plafond conventionnel, surtout les 6 mois des non-cadres en convention 66, et le comparer au légal sur longue carrière.
- Chiffrer le net, la CSG, et la contribution de 40 % si la fin de contrat est en 2026.
- Relire le contexte. Conflit, arrêt, mandat, grossesse, fin de CDD proche. Une rupture « simple » ne l’est pas toujours.
Le guide complet de la rupture conventionnelle détaille les étapes, les droits et obligations de l’employeur, les avantages et inconvénients pour le salarié et l’effet sur le chômage. Les étapes pour négocier aident à préparer l’entretien sans découvrir le barème le jour J.
Ce qu'il faut retenir pour chiffrer juste
Le légal est un filet. 1/4 de mois jusqu’à 10 ans, 1/3 après. La convention 66 le dépasse largement en milieu de carrière, 1/2 mois par an pour les non-cadres (plafond 6 mois), 1 mois par an pour les cadres (plafond 12 mois), puis le légal peut reprendre la main quand le plafond est atteint. La branche ferroviaire, texte de référence pour les CDI des chemins de fer hors statut, applique 1/3, puis 2/5, puis 1/2 mois à toutes les années. En 2026, le PASS est à 48 060 €, l’exonération de cotisations plafonne à 96 120 €, et la contribution patronale est à 40 %.
Un bulletin, une date d’entrée, l’annexe ou la classe UIC, et le calcul tient en une page. Sans ces trois pièces, le chiffre proposé n’est qu’une estimation. Pour faire vérifier un projet de convention, le salaire de référence ou un écart entre légal et conventionnel, le point d’entrée reste la page droit social et la prise de contact, avec les 12 derniers bulletins et la convention déjà rédigée si elle existe. Les actualités en droit social suivent les autres règles de paie et de rupture qui croisent souvent ces dossiers, du travail le dimanche aux indemnités kilométriques.

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