Délai de rétractation de 15 jours en rupture conventionnelle : comment l'exercer ?
Vous venez de signer une rupture conventionnelle. Le stylo est posé, le formulaire est daté, et une question arrive tout de suite. Et si vous changez d’avis ? Le droit du travail vous laisse une fenêtre courte, mais réelle. C’est le délai de rétractation de 15 jours. Il protège le consentement libre du salarié comme de l’employeur. Personne n’a à se justifier. Encore faut-il savoir compter, écrire, et envoyer au bon moment.
Ce point relève du droit social, le cadre qui organise le contrat de travail, sa rupture et la protection qui va avec. Le détail de ce champ se trouve sur la page droit social. Ici, on reste sur une chose : comment exercer ce droit, sans se tromper de date.
Quinze jours, ce n’est pas long. Un week-end mal compté, et la porte se ferme.
Ce que prévoit le Code du travail
L’article L. 1237-13 du Code du travail donne à chaque partie un délai de rétractation de 15 jours calendaires. Le point de départ officiel est la date de signature par les deux parties. L’article R. 1237-1 précise le calcul. Le délai commence le lendemain de cette signature. Le jour de la signature ne compte pas.
Ce droit est d’ordre public. Une clause du formulaire ne peut pas le supprimer, le raccourcir, ni le rendre payant. Vous n’avez aucun motif à donner. Un simple changement d’avis suffit.
Le salarié peut se rétracter. L’employeur aussi. Les deux droits sont indépendants. Si l’un des deux l’exerce dans les temps, la convention de rupture tombe. Le CDI continue, aux mêmes conditions.
La rupture conventionnelle ne concerne que le CDI. Un CDD se rompt autrement. Les règles sont différentes, comme le rappelle le point sur comment rompre un CDD.
Salarié protégé, même délai, suite différente
Le délai de 15 jours existe aussi pour un salarié protégé (délégué du personnel, membre du CSE, etc.). La suite change. Après ce délai, le dossier ne part pas vers une simple homologation. Il faut une autorisation de l’inspection du travail. Le droit de changer d’avis, lui, reste le même.

Comment compter les 15 jours calendaires ?
Jours calendaires, cela veut dire tous les jours. Lundi, samedi, dimanche, jour férié. Rien ne saute.
Trois règles tiennent le calendrier.
- Le délai part le lendemain de la signature.
- On compte 15 jours calendaires, fériés inclus.
- Si le 15e jour tombe un samedi, un dimanche, un jour férié ou chômé, il est reporté au premier jour ouvrable suivant. Cette prorogation vient des règles de computation des délais (article R. 1231-1 du Code du travail, et articles 641 et 642 du Code de procédure civile).
Le dépôt de la demande d’homologation n’est possible qu’après la fin de ce délai. Un envoi anticipé peut faire tomber toute la procédure. La Cour de cassation l’a jugé (Cass. soc., 6 décembre 2017, n° 16-16.851).
Un exemple simple
Convention signée le lundi 2 mars 2026. Le délai court du mardi 3 mars au mardi 17 mars 2026 inclus. Le 17 mars est un mardi, jour ouvrable. Dernier moment utile : avant minuit, ce jour-là, avec une preuve d’envoi.
Autre cas. Signature le vendredi 7 août 2026. Départ le samedi 8 août. Le 15e jour tombe le samedi 22 août. Report au lundi 24 août 2026. La demande d’homologation ne part pas avant le mardi 25 août.
Notez la date sur le formulaire le jour même. C’est elle qui lance le compte à rebours.
Calendrier type d’une rupture conventionnelle
| Étape | Délai | Point de départ | Effet si le délai est raté |
| Entretien(s) | Pas de minimum légal | Demande de l’une ou l’autre des parties | La convention peut être contestée plus tard |
| Signature de la convention | Jour J | Accord des deux parties | Sans signature des deux, pas de délai |
| Rétractation | 15 jours calendaires | Lendemain de la signature | La convention devient ferme, sous réserve de l’homologation |
| Dépôt à la DREETS (TéléRC) | Après la fin des 15 jours | Premier jour ouvrable suivant | Un dépôt trop tôt peut entraîner la nullité |
| Instruction | 15 jours ouvrables | Lendemain de la réception du dossier | Le silence vaut homologation |
| Fin du contrat | Au plus tôt le lendemain de l’homologation | Date fixée dans la convention | Une date trop tôt rend la convention irrégulière |
Les jours ouvrables de l’instruction ne sont pas les jours calendaires de la rétractation. Les dimanches et les jours fériés ne comptent pas dans les 15 jours de la DREETS. D’où un écart réel de souvent trois semaines entre le dépôt et la fin de l’instruction.
Comment exercer le droit de rétractation ?
La loi demande une lettre adressée par tout moyen qui atteste sa date de réception par l’autre partie. En pratique, deux voies tiennent la route.
- La lettre recommandée avec accusé de réception.
- La remise en main propre contre décharge, datée et signée par celui qui reçoit.
Un e-mail simple est fragile. Rien ne prouve la réception si l’autre nie l’avoir lu. Un SMS aussi. Mieux vaut un écrit dont la date se vérifie. La question se pose aussi pour d’autres ruptures, par exemple quand on veut démissionner par e-mail. Ici, la preuve pèse encore plus.
C’est la date d’envoi qui compte
La Cour de cassation a tranché. Pour le salarié, le respect du délai s’apprécie à la date d’envoi de la lettre, pas à la date de réception (Cass. soc., 14 février 2018, n° 17-10.035). La même règle vaut pour l’employeur (Cass. soc., 19 juin 2019, n° 18-22.897).
Vous pouvez déposer le recommandé le dernier jour, avant la fermeture du bureau de poste. Même si l’autre partie le reçoit trois jours plus tard, la rétractation est valable. Gardez le récépissé, le numéro de suivi, et une copie de la lettre.
Qu’écrire
La lettre peut être courte. Elle doit être claire.
- Vos nom, prénom, adresse, et le nom de l’employeur.
- La date de signature de la convention de rupture.
- Une phrase nette : vous exercez votre droit de rétractation prévu à l’article L. 1237-13.
- La date et votre signature.
- Pas besoin de motif. En ajouter un n’est pas interdit, mais ce n’est pas utile. Un motif mal choisi peut compliquer un litige plus tard.
Adressez la lettre à la personne qui a signé, ou au service RH identifié sur le formulaire. Une mauvaise adresse, et la preuve de réception devient difficile. Si le recommandé revient avec la mention « non réclamé » ou « accès impossible », conservez l’enveloppe. La jurisprudence regarde la preuve du dépôt dans le délai.
Ce qui se passe après la rétractation
La convention est anéantie. Elle n’a jamais produit d’effet sur le contrat. Vous restez salarié. L’employeur reste tenu du salaire, du poste, et des conditions d’avant la signature.
Quelques effets concrets :
- Pas d’indemnité spécifique de rupture, puisque la rupture n’a pas lieu.
- Pas de départ, même si une date était déjà écrite.
- Pas de dépôt à la DREETS. S’il a déjà été fait par erreur, il faut le signaler.
- Le contrat ne devient ni une démission, ni un licenciement.
- Refuser de reprendre le poste après une rétractation régulière expose à d’autres suites, côté salarié comme côté employeur.
L’autre partie ne peut pas refuser la rétractation. Elle n’a pas à l’accepter. Le droit s’exerce seul.
Si un acompte sur l’indemnité a déjà été versé, il devra en principe être restitué. Le sujet voisin du salaire versé en trop suit une logique proche : un versement sans cause ne reste pas acquis.
Après les 15 jours, quelles portes restent ouvertes
Le délai passé, la rétractation libre est fermée. La partie la plus diligente envoie la demande d’homologation à la DREETS, en pratique via TéléRC (telerc.travail.gouv.fr), avec un exemplaire de la convention.
L’administration a 15 jours ouvrables, à compter du lendemain de la réception, pour contrôler la procédure et la liberté du consentement. Pas de réponse dans ce délai : l’homologation est acquise. Le contrat ne peut pas prendre fin avant le lendemain de cette homologation. La date de rupture est libre, à condition de respecter ce plancher.
La convention fixe aussi une indemnité spécifique. Elle ne peut pas être inférieure à l’indemnité légale de licenciement (ou à l’indemnité conventionnelle si elle est plus favorable). Le barème légal est d’un quart de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans, puis d’un tiers de mois au-delà. Le calcul détaillé est repris dans comment calculer les indemnités de rupture conventionnelle.
Le recours de 12 mois
Passé l’homologation, un litige reste possible devant le conseil de prud’hommes, dans les 12 mois. Le recours porte sur la convention, l’homologation ou le refus d’homologation. Il ne rouvre pas le droit de rétractation. Il vise un vice du consentement : violence, dol, erreur. La pression pour signer, une information fausse sur l’indemnité, ou l’absence réelle d’entretien peuvent entrer dans ce cadre. Les cas pratiques sont détaillés dans rupture conventionnelle et vices du consentement.
Douze mois pour agir, c’est un autre calendrier. Il ne remplace pas les 15 jours.
Les chiffres 2024, pour situer l'enjeu
Le dispositif, créé en 2008, reste massif. Selon la Dares (publication du 8 avril 2026), 538 400 ruptures conventionnelles individuelles ont été homologuées en 2024 dans le secteur privé. C’est une baisse de 1 % après +4,9 % en 2023 et +10,9 % en 2022. Hors crise sanitaire, c’est la première baisse en France métropolitaine depuis la création du dispositif.
L’indemnité médiane varie beaucoup selon la catégorie, toujours d’après la Dares.
| Catégorie | Indemnité médiane en 2024 | Part de mois de salaire par année d’ancienneté (à rémunération et ancienneté données) |
| Cadres | 4 720 € | 0,30 mois |
| Techniciens et agents de maîtrise | 2 050 € | 0,25 mois |
| Ouvriers | 1 140 € | 0,25 mois |
| Employés | 990 € | 0,25 mois |
Source : Dares, avril 2026. Les cadres sont les seuls dont le nombre de ruptures continue de monter en 2024 (+5,7 %). Employés (-4,2 %) et ouvriers (-1,4 %) reculent. Les 50 ans ou plus font exception côté âge (+0,4 %).
Ces montants sont des médianes, pas un droit. Votre plancher reste l’indemnité légale ou conventionnelle. Le négocié peut être plus haut. C’est souvent le cœur des étapes pour négocier une rupture conventionnelle.
Rétractation et chômage
Tant que vous vous rétractez, il n’y a pas de rupture. Il n’y a donc pas d’ouverture de droits à l’allocation d’aide au retour à l’emploi. Le contrat suit son cours.
Si la convention va au bout et est homologuée, la rupture conventionnelle ouvre en principe l’accès à l’allocation, sous les conditions d’affiliation. Un différé d’indemnisation peut s’appliquer quand l’indemnité dépasse le minimum légal. L’Unédic indique que 35 % des ouvertures de droits après rupture conventionnelle sont concernées par ce différé spécifique, contre 11 % pour l’ensemble des ouvertures. Le point complet est dans rupture conventionnelle et chômage.
Un arrêt maladie en cours ne bloque pas, à lui seul, la signature. Il ne bloque pas non plus la rétractation. Les règles de rupture pendant un arrêt sont plus strictes en cas de démission, comme le détaille arrêt maladie et démission.
Les erreurs qui font perdre le délai
La plupart des ratés viennent du calendrier, pas du fond. Les erreurs à éviter lors d’une rupture conventionnelle en listent plusieurs. Sur la rétractation, cinq reviennent souvent.
- Compter le jour de la signature comme jour 1.
- Oublier que le samedi et le dimanche comptent, puis croire que le report joue toujours. Le report ne joue que si le dernier jour n’est pas ouvrable.
- Envoyer un simple e-mail, sans preuve de réception.
- Attendre la réception par l’employeur pour se croire dans les temps. C’est l’envoi qui fait foi, à condition d’en garder la preuve.
- Laisser l’employeur déposer le dossier sur TéléRC avant la fin des 15 jours.
Côté employeur, les droits et obligations incluent le respect de ce délai. Pousser un salarié à renoncer par écrit à se rétracter ne sert à rien. La renonciation anticipée est sans effet.
La forme de l’écrit compte aussi dans d’autres ruptures. Pour un licenciement, la question de la lettre remise directement au salarié montre le même réflexe : sans décharge, la date devient un débat.
Le panorama général, entretiens, indemnité, homologation, est regroupé dans le guide de la rupture conventionnelle. Les effets sur la suite de carrière, clause de non-concurrence comprise, sont traités à part dans l’impact de la rupture conventionnelle sur la carrière.
Ce qu'il faut retenir pour agir à temps
Le délai de rétractation de 15 jours est court, clair et strict. Il part le lendemain de la signature. Il se compte en jours calendaires. Il se prolonge seulement si le dernier jour n’est pas ouvrable. La lettre part en recommandé, ou en main propre contre-décharge. La date d’envoi fait foi. Aucun motif n’est exigé.
Une rétractation dans les temps annule la convention. Le contrat continue. Passé ce délai, il reste l’homologation, puis, en cas de vice du consentement, le conseil de prud’hommes dans les 12 mois.
Si la date de signature est proche, ou si un recommandé est déjà parti, le bon réflexe est de faire vérifier le calendrier avant d’agir. Un échange sur votre situation peut se faire via la page contact, pour cadrer le délai, la lettre, et la suite du contrat.

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