Remariage et succession : règles de partage du patrimoine
Le droit des successions et du patrimoine devient rapidement complexe dès qu’il y a un remariage et une famille recomposée. En cas de décès, il faut concilier les droits du nouveau conjoint, ceux des enfants du premier lit et des éventuels enfants communs, tout en respectant la réserve héréditaire. Une bonne compréhension des règles de partage du patrimoine et un accompagnement par un avocat en droit de la famille et des successions permettent d’éviter de nombreux conflits.
Remariage et succession : qui hérite de quoi
En France, le conjoint survivant est un héritier à part entière, mais ses droits varient selon la présence d’enfants et la situation familiale. Depuis plusieurs années, le conjoint survivant marié est totalement exonéré de droits de succession, ce qui en fait un bénéficiaire central dans la transmission. Les enfants, qu’ils soient du premier mariage ou du remariage, restent des héritiers réservataires, ce qui signifie qu’ils ont forcément droit à une partie du patrimoine.
En cas de remariage, le nouveau conjoint est héritier, mais ses droits sont plus limités en présence d’enfants d’une première union. La règle de base est la suivante : en présence d’enfants d’un premier lit, le conjoint survivant du second mariage a droit à un quart de la succession en pleine propriété, les trois quarts restants revenant aux enfants, qui se les partagent à parts égales. Les beaux enfants (enfants du conjoint, mais non adoptés) n’ont aucun droit successoral légal sur le patrimoine du beau-parent, sauf adoption.

Rôle du régime matrimonial dans le partage
Le régime matrimonial a un impact direct sur ce qui entre ou non dans la succession. Avant de partager la succession, il faut distinguer les biens propres et les biens communs, puis liquider le régime matrimonial. La plupart des couples mariés sans contrat sont soumis au régime de communauté réduite aux acquêts, qui prévoit que les biens acquis pendant le mariage sont communs.
En présence de remariage, on rencontre souvent trois situations :
- Mariage sans contrat, avec communauté réduite aux acquêts (régime légal).
- Mariage avec séparation de biens, chaque époux conservant son patrimoine propre.
- Mariage avec clause particulière (clause de préciput, clause d’attribution intégrale, etc.) pour protéger davantage le conjoint survivant.
Une modification de régime matrimonial peut être envisagée avec un notaire, surtout lorsqu’une personne se remarie et souhaite protéger à la fois son conjoint et ses enfants. Dans tous les cas, le lien entre régime matrimonial et succession justifie un conseil sur mesure en droit des successions et du patrimoine.
Famille recomposée : droits des enfants du premier lit
Les enfants du premier lit restent des héritiers réservataires, même si leur parent est remarié. Ils ont droit à une part minimale du patrimoine, appelée réserve héréditaire, qui dépend du nombre total d’enfants. Le reste, appelé quotité disponible, peut être attribué au conjoint survivant ou à d’autres bénéficiaires par testament ou donation.
En pratique :
- Si le défunt laisse un enfant, la réserve représente la moitié du patrimoine.
- Avec deux enfants, la réserve correspond aux deux tiers.
- À partir de trois enfants, la réserve atteint les trois quarts.
En présence d’enfants d’un premier lit, le second conjoint ne peut pas recevoir plus que ce que la loi autorise sur la quotité disponible, sous peine de contestation par les enfants (exemple, action en retranchement en cas de clause trop favorable au conjoint). Les enfants du premier lit peuvent parfois remettre en cause une protection excessive du conjoint survivant, afin de défendre leur réserve héréditaire.
Exemple chiffré de partage en cas de remariage
- Patrimoine du défunt au jour du décès : 400 000 euros.
- Un enfant du premier mariage et deux enfants du remariage (soit 3 enfants au total).
- Conjoint actuel marié sous communauté réduite aux acquêts, sans disposition particulière.
Sur les 400 000 euros :
- Le conjoint survivant reçoit 1 quart en pleine propriété, soit 100 000 euros.
- Les trois enfants se partagent les 300 000 euros restants, soit 100 000 euros chacun.
Les beaux enfants du conjoint survivant n’ont aucun droit dans cette succession, tant qu’ils ne sont pas les enfants du défunt ou qu’il n’y a pas eu adoption. Ce type d’exemple montre pourquoi la planification en droit des successions et du patrimoine est indispensable pour éviter des situations ressenties comme injustes par certains membres de la famille.
Données récentes sur les successions et le patrimoine en France
Le patrimoine transmis par succession occupe une place grandissante dans la vie économique et familiale française. Fin 2023, le patrimoine économique national atteignait environ 18 674 milliards d’euros, soit plus de 8 fois le produit intérieur net annuel. En 2022, on comptait environ 354 443 déclarations de succession, dont 47% payantes et 53% non payantes.
Les droits de succession ont généré près de 16,6 milliards d’euros de recettes fiscales en 2023, soit plus du double de 2011. Les délais d’enregistrement des déclarations se sont allongés, passant en moyenne de 17,6 jours en 2018 à 25 jours en 2023, avec des écarts importants selon les départements (de 0,1 à plus de 112 jours). Les successions vacantes (sans héritiers identifiés) représentent environ 2 à 3% des dossiers, avec près de 10 millions d’euros reversés à la Fondation du patrimoine en 2023, et une estimation à 12 millions d’euros pour 2024.
Ces chiffres montrent que la gestion du patrimoine et la préparation de la succession ne sont plus des sujets réservés aux très grandes fortunes. Les familles recomposées se retrouvent de plus en plus confrontées à ces enjeux, parfois sans avoir anticipé les effets d’un remariage sur le partage futur des biens.
Tableau récapitulatif des droits du conjoint survivant remarié
Ce tableau présente quelques règles clés en cas de remariage et de succession, hors dispositions spéciales (donation entre époux, testament, clause complexe de contrat de mariage).
| Situation familiale | Droits du conjoint survivant remarié | Droits des enfants | Commentaire synthétique |
| Conjoint remarié, enfants uniquement du remariage | 1/4 en pleine propriété ou, par donation entre époux, option possible pour l’usufruit de la totalité de la succession | Réserve héréditaire répartie entre tous les enfants | Protection élevée du conjoint, avec possibilité d’occuper le logement et de percevoir des revenus issus des biens. |
| Conjoint remarié, enfants du premier lit uniquement | 1/4 en pleine propriété, sans option légale pour l’usufruit de tout, sauf dispositions spécifiques | Réserve héréditaire pour les enfants du premier lit | Les enfants du premier lit sont particulièrement protégés, le conjoint a des droits, mais plus limités. |
| Conjoint remarié, enfants du premier lit et du remariage | 1/4 en pleine propriété en principe | Enfants de toutes unions se partagent le reste à parts égales | Risque accru de conflits, d’où l’intérêt d’une planification et de conseils personnalisés. |
| Beaux enfants uniquement, aucun enfant biologique du défunt | Le conjoint survivant peut hériter d’une part importante, voire de la totalité selon les dispositions | Beaux enfants sans adoption : aucun droit légal | Seule une adoption ou des libéralités (donation, testament) permettent d’avantager les beaux enfants. |
Ces règles se retrouvent dans de nombreux dossiers traités par les notaires et avocats, et nécessitent une analyse détaillée de chaque situation.
Comment protéger le conjoint tout en préservant les enfants ?
En présence de remariage, l’enjeu est souvent de protéger le nouveau conjoint sans léser les enfants du premier lit. Plusieurs outils juridiques existent pour ajuster le partage du patrimoine selon les objectifs de la famille.
On peut notamment utiliser :
- Le contrat de mariage ou le changement de régime matrimonial (par exemple, communauté aménagée, clause de préciput, clause d’attribution).
- La donation entre époux (souvent appelée « donation au dernier vivant ») donne davantage de droits au conjoint survivant dans le cadre légal.
- Un testament qui utilise la quotité disponible pour avantager le conjoint, un enfant vulnérable ou, le cas échéant, un enfant de la famille recomposée.
Une clause mal calibrée peut déclencher une action en retranchement ou une contestation de la part des enfants, d’où l’intérêt d’être accompagné par un professionnel du droit. Un avocat en droit des successions et du patrimoine peut travailler en complément du notaire pour sécuriser la stratégie globale, y compris en cas de futurs conflits.
Quand consulter avant ou après un remariage
La meilleure période pour agir en droit des successions et du patrimoine, c’est souvent avant le remariage ou avant la constitution d’un patrimoine important. Un simple échange avec un avocat peut suffire à ajuster un contrat de mariage, rédiger un testament ou organiser des donations de manière équilibrée.
Il est particulièrement utile de consulter un professionnel lorsque :
- Vous avez des enfants d’un premier lit et envisagez un remariage.
- Votre futur conjoint a lui aussi des enfants, créant une famille recomposée.
- Vous possédez un patrimoine immobilier important, des placements financiers ou une entreprise.
- Des tensions existent déjà entre conjoint et enfants autour de la question de l’héritage.
Remariage et famille recomposée : statistiques et tendances en 2026
En 2026, les familles recomposées occupent une place croissante dans le paysage démographique français. Selon l’INSEE, près de 1,4 million d’enfants mineurs vivent dans une famille recomposée, soit plus de 10 % des moins de 18 ans. Ce phénomène s’explique par environ 140 000 divorces par an, qui alimentent le flux des secondes unions, avec un âge moyen au remariage autour de 43 ans pour les hommes et 40 ans pour les femmes.
Ces évolutions impactent directement la transmission patrimoniale. Les familles recomposées représentent environ 10 % des foyers avec enfants, mais concentrent 72 % des contentieux successoraux selon des études sur le sujet. Le patrimoine transmis par succession continue de progresser : les héritages représentent environ 60 % du patrimoine global des ménages, contre 35 % en 1970. D’ici 2040, un transfert massif de l’ordre de 9 000 milliards d’euros est anticipé. Ces chiffres soulignent l’importance d’une planification adaptée, car 85 % des héritages restent inférieurs à 100 000 euros, rendant la protection du conjoint survivant et des enfants du premier lit particulièrement sensible dans les situations de remariage.
Réformes fiscales 2026 et impact sur les beaux-enfants
La loi de finances pour 2026 introduit des ajustements significatifs pour les familles recomposées. L’abattement fiscal applicable aux transmissions au profit des enfants du conjoint (beaux-enfants non adoptés) passe de 1 594 euros à 15 932 euros, sous conditions. Cette mesure vise à mieux refléter les réalités des familles recomposées, tout en maintenant un taux de 60 % au-delà de l’abattement.
En parallèle, les recettes des droits de succession ont atteint 16,6 milliards d’euros en 2023, soit plus du double de 2011. En 2022, 354 443 déclarations de succession ont été enregistrées, dont 47 % payantes. Ces évolutions fiscales incitent les couples remariés à anticiper davantage, notamment via l’assurance-vie (abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans) ou des clauses matrimoniales adaptées. La distinction entre biens propres et communs reste centrale, tout comme la protection de la réserve héréditaire des enfants biologiques.
Assurance-vie et remariage : un outil de transmission optimisé
L’assurance-vie constitue un levier puissant dans le cadre d’un remariage. Les capitaux transmis hors succession bénéficient d’une fiscalité attractive, avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant les 70 ans de l’assuré. Cette solution permet d’avantager le conjoint survivant ou des beaux-enfants sans entamer la réserve héréditaire des enfants du premier lit.
Dans un contexte où 85 % des héritages sont inférieurs à 100 000 euros, l’assurance-vie offre une flexibilité appréciable pour les patrimoines modestes à intermédiaires. Elle s’intègre parfaitement aux stratégies globales combinant contrat de mariage, donation au dernier vivant et testament. Les familles recomposées y recourent fréquemment pour équilibrer protection du nouveau conjoint et préservation des droits des enfants biologiques, évitant ainsi de nombreuses contestations.
Prévention des conflits successoraux dans les familles recomposées
Les familles recomposées sont surreprésentées dans les litiges successoraux, représentant une part importante des contentieux malgré leur poids démographique limité. Une planification précoce, idéalement avant ou au moment du remariage, réduit significativement ces risques. Les outils tels que la clause de préciput, l’attribution intégrale ou la modification du régime matrimonial (communauté aménagée ou séparation de biens) permettent d’adapter la dévolution légale.
Avec une réserve héréditaire fixée à la moitié pour un enfant, aux deux tiers pour deux enfants et aux trois quarts pour trois enfants ou plus, la quotité disponible offre une marge de manœuvre. L’accompagnement par un notaire et un avocat en droit des successions facilite l’équilibre entre protection du conjoint et respect des droits des enfants du premier lit, particulièrement dans un contexte de transfert patrimonial massif projeté d’ici 2040.
Succession internationale et remariage : points de vigilance
Pour les couples binational ou expatriés, le remariage complexifie la succession en raison des règles de conflit de lois. Le règlement européen sur les successions (Bruxelles IV) permet souvent de choisir la loi applicable, mais la réserve héréditaire française reste protectrice. Les biens situés à l’étranger ou les régimes matrimoniaux différents exigent une analyse approfondie.
En France, le conjoint survivant reste exonéré de droits de succession, mais les beaux-enfants bénéficient des nouveaux abattements 2026. Les statistiques INSEE et les données fiscales soulignent l’augmentation des situations transnationales, rendant indispensable une coordination entre professionnels du droit français et étrangers pour sécuriser la transmission.
Donation-partage après remariage : figer les lots entre lits
La donation-partage permet, du vivant, d’attribuer des lots distincts aux enfants du premier lit et aux enfants communs, puis de figer leurs valeurs au jour de l’acte. Dans une famille recomposée, cette technique évite que la plus-value ultérieure d’un bien donné à l’un des enfants ne soit réévaluée au décès, ce qui réduit les discussions sur le rapport. Comme le rappelle service-public.fr, les donataires deviennent immédiatement propriétaires, sous réserve du respect de la réserve héréditaire. Les mécanismes de donation hors part successorale restent utiles pour gratifier un enfant sans bouleverser l’égalité entre souches.
Début 2024, le patrimoine brut médian des ménages s’établissait à 205 100 euros, selon l’Insee, ce qui montre que l’enjeu n’est pas réservé aux très grandes fortunes. Fin 2024, le patrimoine des ménages atteignait 14 953 milliards d’euros, soit 76,5 % du patrimoine économique national de 19 559 milliards d’euros. Une donation-partage portant sur un logement ou des parts de SCI doit donc s’appuyer sur une estimation cohérente, car la masse de calcul de la réserve réintègre fictivement les libéralités antérieures.
Lorsque trois enfants ou plus viennent à la succession, la réserve atteint les trois quarts du patrimoine et la quotité disponible se limite au quart. Un parent remarié qui attribue un lot trop faible à un enfant du premier lit s’expose à une action en réduction. L’acte notarié peut combiner réserve d’usufruit, soulte et clauses de retour, à condition de ne pas priver un réservataire de sa part minimale. Le formalisme notarié et le rappel fiscal des donations sur quinze ans, précisés par le ministère de l’Économie, encadrent cette stratégie.
Droit temporaire et droit viager au logement du conjoint remarié
Le conjoint survivant marié bénéficie d’un droit temporaire d’un an sur le logement qui constituait la résidence principale au jour du décès, puis d’un droit viager d’habitation s’il le revendique. L’article 764 du Code civil réserve ce droit viager au conjoint successible qui occupait effectivement les lieux, sauf volonté contraire exprimée par testament authentique. Ce droit s’accompagne d’un droit d’usage sur le mobilier garnissant le logement. L’articulation avec les enfants d’un premier lit est détaillée dans l’analyse du conjoint survivant et des autres héritiers.
Le conjoint dispose d’un an à compter du décès pour manifester sa volonté de bénéficier du droit viager, et le seul maintien dans les lieux ne suffit pas. La valeur de ce droit s’impute sur sa part successorale et correspond forfaitairement à 60 % de la valeur de l’usufruit, elle-même déterminée selon l’âge et le barème de l’article 669 du code général des impôts. Dans une famille recomposée, ce mécanisme protège l’occupation du logement tout en laissant la nue-propriété aux enfants. Une donation au dernier vivant peut compléter cette protection sans confondre usufruit légal et droit d’habitation.
En 2023, 10,4 % des 13,9 millions d’enfants mineurs vivaient dans une famille recomposée, soit 1,444 million d’enfants, d’après l’Insee Première n° 2032. Dans 56,6 % des familles recomposées, on compte au moins trois enfants, contre 33,5 % dans les familles dites traditionnelles. Ces configurations rendent fréquente la coexistence d’un conjoint occupant et d’héritiers réservataires propriétaires. Le défunt peut priver le conjoint du droit viager uniquement par testament authentique, sans ôter pour autant l’usufruit éventuellement recueilli par ailleurs.
Testament après remariage : révocation automatique et limites de la quotité disponible
Le remariage révoque de plein droit les dispositions testamentaires antérieures prises au profit de l’ancien conjoint, ce qui impose de réécrire les volontés. Un testament olographe, authentique ou mystique peut ensuite gratifier le nouveau conjoint, mais uniquement dans la limite de la quotité disponible. Avec un enfant, cette quotité est de la moitié ; avec deux enfants, d’un tiers ; avec trois enfants ou plus, d’un quart. Les règles de quotité disponible s’appliquent sans distinction de lit : tous les enfants, issus ou non du remariage, sont réservataires.
Un legs qui dépasse la quotité disponible n’est pas nul, mais il est réductible à la demande des enfants lésés. L’action en réduction vise à rétablir la réserve, calculée sur une masse fictive comprenant l’actif net au décès et les donations antérieures réintégrées. Dans une succession d’un père remarié, le testament est donc un outil d’ajustement, pas un moyen d’écarter les enfants du premier lit. Le fichier central des dispositions de dernières volontés permet de signaler l’existence de l’acte sans en révéler le contenu.
En 2025, 651 000 personnes sont décédées en France, tandis que le solde naturel est devenu négatif pour la première fois depuis 1945. Ce volume de transmissions rend plus visible le décalage entre volontés anciennes et situation familiale actuelle. Un testament rédigé avant le remariage, même s’il vise des enfants, peut devenir inadapté si le régime matrimonial, le logement ou les bénéficiaires d’assurance-vie ont changé. La forme authentique offre davantage de sécurité en présence d’enfants de lits différents, notamment pour priver éventuellement le conjoint du seul droit viager au logement.
Indivision successorale entre second conjoint et enfants du premier lit
Au décès, le conjoint remarié et les enfants se retrouvent fréquemment en indivision sur le logement, les comptes et les parts sociales, chacun pour sa quote-part. En présence d’enfants d’une première union, le conjoint recueille en principe un quart en pleine propriété, les trois quarts revenant aux enfants à parts égales. Cette indivision est source de blocages lorsque l’un veut vendre et l’autre occuper. Le partage judiciaire reste l’ultime recours si aucun accord amiable n’est trouvé.
Nul n’est tenu de demeurer dans l’indivision, et chaque indivisaire peut demander le partage, sous réserve des droits d’habitation du conjoint. L’occupation gratuite du logement par l’un des héritiers peut ensuite donner lieu à une indemnité d’occupation, question souvent débattue lors de la liquidation de la succession. Les terres, les résidences secondaires ou les biens professionnels accentuent le risque de paralysie, comme le montrent les dossiers d’héritage de terres agricoles restés en indivision.
L’enquête ERFI 2 de l’Ined indique que 18 % des personnes âgées de 18 à 79 ans ont eu au moins un bel-enfant au cours de leur vie. Cette diffusion des beaux-liens n’ouvre aucun droit successoral légal aux beaux-enfants non adoptés, qui restent hors de l’indivision successorale du beau-parent. Seules une adoption, un legs ou une donation peuvent les y faire entrer. En attendant le partage, les décisions de disposition d’un immeuble exigent l’unanimité, ce qui explique la durée de nombreux dossiers recomposés.
Déclaration de succession, délais 2026 et évaluation des biens après un second mariage
Lorsque le décès survient en France, la déclaration de succession doit être déposée dans les six mois, délai porté à douze mois si le décès a lieu à l’étranger. L’administration fiscale le rappelle sur impots.gouv.fr : le formulaire 2705-SD n’est pas obligatoire si l’actif brut est inférieur à 50 000 euros pour le conjoint et les héritiers en ligne directe, sous conditions, ou à 3 000 euros pour les autres. En présence d’un immeuble, l’attestation notariée de propriété reste indispensable. L’évaluation des biens immobiliers successoraux conditionne à la fois les droits fiscaux et le calcul civil de la réserve.
Les droits de mutation à titre gratuit ont rapporté 20,9 milliards d’euros en 2024 et 21,2 milliards d’euros en 2025, selon la DGFiP. Les seuls droits de succession avaient déjà atteint 16,6 milliards d’euros en 2023, plus du double du niveau de 2011. Dans une famille recomposée, la déclaration doit distinguer biens propres et communs après liquidation du régime matrimonial, puis ventiler les parts entre conjoint et enfants de chaque lit. Un retard déclenche un intérêt de 0,20 % par mois, auquel peut s’ajouter une majoration.
L’abattement en ligne directe demeure de 100 000 euros par enfant et par parent, tandis que l’abattement résiduel applicable à défaut d’autre abattement est de 1 594 euros. Le conjoint marié reste exonéré de droits de succession, ce que la réforme dite loi TEPA a conforté. Les beaux-enfants non adoptés restent fiscalement des tiers, hors dispositifs particuliers. Une sous-évaluation immobilière expose à un redressement, les services fiscaux pouvant contrôler une déclaration jusqu’au 31 décembre de la sixième année suivant celle du décès.
FAQ
Quels sont les nouveaux abattements fiscaux pour les beaux-enfants en 2026 ?
En 2026, l’abattement pour les transmissions aux enfants du conjoint non adoptés passe à 15 932 euros (contre 1 594 euros auparavant), avec un taux de 60 % au-delà. Cette mesure, issue de la loi de finances, s’applique sous conditions strictes et vise à mieux adapter la fiscalité aux réalités des familles recomposées, sans modifier les règles de réserve héréditaire des enfants biologiques.
Le conjoint survivant peut-il hériter de la totalité en cas de remariage ?
Non, en présence d’enfants (du premier lit ou communs), le conjoint survivant reçoit en principe un quart en pleine propriété. La quotité disponible permet d’augmenter cette part via testament ou donation au dernier vivant, mais sans porter atteinte à la réserve héréditaire des enfants. Une planification adaptée est essentielle pour éviter les actions en réduction.
Comment les enfants du premier lit sont-ils protégés en cas de remariage du parent ?
Ils conservent leur qualité d’héritiers réservataires. La réserve héréditaire varie selon le nombre total d’enfants (1/2 pour un enfant, 2/3 pour deux, 3/4 pour trois ou plus). Ils peuvent contester les libéralités excessives via action en retranchement ou en réduction pour préserver leurs droits sur la succession.
L’adoption simple change-t-elle les droits successoraux des beaux-enfants ?
Oui, l’adoption simple confère aux beaux-enfants des droits proches de ceux des enfants biologiques, avec un abattement fiscal plus favorable (jusqu’à 100 000 euros) et un barème progressif au lieu du taux de 60 %. Sans adoption, ils restent considérés comme tiers, sauf dispositions testamentaires ou donations.
Faut-il modifier son contrat de mariage après un remariage ?
Oui, c’est souvent recommandé, surtout avec des enfants d’unions précédentes. Un changement vers une communauté aménagée, une séparation de biens ou l’ajout de clauses (préciput, attribution) permet de mieux protéger le conjoint tout en préservant les intérêts des enfants. Cette démarche, réalisée chez le notaire, doit être anticipée pour éviter les conflits futurs.
Un PACS donne-t-il les mêmes droits successoraux qu’un remariage ?
Non : le partenaire de PACS n’est pas héritier légal, contrairement au conjoint marié. Sans testament, il n’a aucun droit dans la succession, même après de longues années de vie commune. Fiscalement, le partenaire pacsé est exonéré de droits de succession sur les biens qu’il recueille par legs, comme le conjoint, ce que rappellent les pages du ministère de l’Économie. Le PACS n’ouvre pas non plus le droit viager au logement de l’article 764 du Code civil, réservé au conjoint successible. En 2024, environ 197 000 Pacs ont été conclus, ce qui montre l’ampleur des unions hors mariage. Un testament devient donc indispensable pour transmettre une part de patrimoine au partenaire, dans la limite de la quotité disponible face aux enfants. La dévolution successorale légale demeure fondée sur le mariage et la parenté. Un remariage ultérieur réorganise entièrement ces équilibres.
Que se passe-t-il si le conjoint remarié reste dans le logement sans exercer son droit viager ?
Le maintien dans les lieux pendant l’année suivant le décès ne vaut pas, à lui seul, option pour le droit viager d’habitation. La Cour de cassation l’a rappelé : la manifestation de volonté, même tacite, doit être non équivoque et intervenir dans le délai d’un an de l’article 765-1 du Code civil. Passé ce délai, le conjoint peut se retrouver simple occupant au regard des enfants propriétaires indivis. Une indemnité d’occupation peut alors être réclamée, notamment si le logement rapporte un loyer théorique élevé. Le hébergement gratuit et la succession montrent que ces comptes se règlent souvent tard, au moment du partage. Il est prudent d’adresser un écrit au notaire. Le droit temporaire d’un an, lui, s’applique de plein droit et n’a pas à être demandé.
Une donation entre époux consentie lors d’un premier mariage survit-elle au remariage ?
La donation au dernier vivant consentie à un premier conjoint devient caduque avec le divorce et ne profite pas au second époux. Chaque mariage appelle sa propre donation entre époux, établie par acte notarié. Cette donation n’est pas un transfert immédiat de biens : elle ne produit effet qu’au décès et offre au survivant un choix entre quotité disponible, quart en propriété et trois quarts en usufruit, ou usufruit total, selon la configuration familiale. Face à des enfants d’un autre lit, l’article 1527 du Code civil permet un retranchement des avantages matrimoniaux excessifs. Les règles issues de la réforme dite Sarkozy ont conforté l’exonération fiscale du conjoint, sans modifier cette caducité civile. Un nouvel acte après le remariage est donc le seul moyen de recréer la protection.
Les enfants du premier lit peuvent-ils obtenir le partage judiciaire contre le second conjoint ?
Oui, le partage peut être demandé en justice dès lors qu’aucun accord amiable n’est possible, car nul n’est tenu de rester dans l’indivision. Le tribunal judiciaire peut ordonner la vente de l’immeuble ou son attribution préférentielle, tout en respectant le droit d’habitation du conjoint s’il a été valablement exercé. Les délais s’allongent lorsque l’évaluation du bien est contestée ou lorsqu’un héritier occupe les lieux. En 2024, le juge aux affaires familiales a encore prononcé 59 600 divorces, ce qui continue d’alimenter des secondes unions et, plus tard, des indivisions mixtes. Un détournement d’héritage ou un recel successoral, s’il est établi, aggrave le dossier et peut priver le receleur de ses droits sur les biens dissimulés. Le partage amiable notarié reste plus rapide lorsqu’un prix et une soulte sont acceptés.
Comment évaluer un bien immobilier dans une succession recomposée en 2026 ?
La valeur à retenir est celle du jour du décès, et non le prix d’acquisition ni une estimation ancienne du vivant. Cette valeur sert à la déclaration fiscale, au calcul de la réserve et, le cas échéant, à l’indemnité de réduction. Les écarts entre héritiers portent souvent sur la décote d’occupation, l’état du bien ou le marché local. Fin 2024, les logements des ménages représentaient encore l’essentiel de leur patrimoine non financier, dans un contexte de repli du foncier. Une expertise contradictoire limite les risques de rectification, l’administration pouvant reprendre une insuffisance d’évaluation. Après un divorce antérieur, il faut aussi vérifier que la liquidation du régime matrimonial a bien isolé les biens propres avant d’établir la masse successorale. Les présents d’usage n’entrent pas dans cette masse s’ils restent proportionnés.

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